À qui appartient Doctolib ? L'actionnariat de 14 pépites tech françaises passé au crible
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À qui appartient Doctolib ? L'actionnariat de 14 pépites tech françaises passé au crible

Nvidia va entrer au capital de Doctolib. Qui détient vraiment Doctolib, Mistral, Hugging Face, BlaBlaCar ou Deezer ? Capital, siège et hébergement vérifiés.

14 min de lecture

Le 13 octobre 2026, Jensen Huang, le patron de Nvidia, a annoncé à Paris que son groupe allait entrer au capital de Doctolib. La question a aussitôt suivi : Doctolib devient-elle américaine ?

Non. Doctolib est une société par actions simplifiée de droit français, sans maison-mère étrangère connue. Son capital n'est pas public. La dernière information disponible, qui date de 2019, montre un bloc majoritaire formé par les fondateurs, leurs proches et les salariés. Autour de ce bloc, on trouve des fonds français (Bpifrance, Eurazeo, Kerala Ventures, Kernel), américains (General Atlantic, Accel) et, depuis 2026, un britannique, un danois et un allemand. Nvidia doit y entrer en actionnaire minoritaire, sans siège dans ses instances de gouvernance.

Le lien le plus concret de Doctolib avec les États-Unis passe par ses prestataires techniques, à commencer par son hébergeur. Sa politique de confidentialité le dit sans détour : toutes les données personnelles sont déposées chez Amazon Web Services. Elles sont stockées dans l'Espace économique européen, mais AWS, dont la maison-mère est américaine, peut être tenu de répondre au CLOUD Act.

Nous avons appliqué la même grille à treize autres pépites tech françaises, licornes pour la plupart, de Mistral AI à Criteo. Presque partout, le débat porte sur le capital alors que la dépendance passe d'abord par l'hébergement.

Doctolib et Nvidia : ce que change l'entrée au capital

Le 13 octobre, Nvidia a annoncé des investissements dans quatre entreprises françaises ou fondées par des Français : Doctolib, Pigment (logiciel de planification), Genesis AI (robotique) et Entalpic (découverte de matériaux). Le blog de Nvidia parle de « planned investments ». Aucun montant n'a été publié.

Pour Doctolib, ni le montant investi, ni la part du capital acquise, ni la valorisation retenue n'ont été communiqués. Le Figaro parle de « quelques millions d'euros », un chiffre qu'aucune des deux entreprises n'a confirmé. S'il est exact, il représente de l'ordre de 0,1 % du capital, si l'opération se fait sur la base de la valorisation de 3,6 milliards d'euros évoquée en avril. Stanislas Niox-Château, président de Doctolib, a précisé à l'AFP que Nvidia n'aurait pas de siège « au conseil d'administration ». Doctolib étant une société par actions simplifiée, son organe de contrôle est en fait un comité de surveillance.

L'argent doit financer des recrutements et le développement des modèles d'IA de Doctolib, entraînés en Europe sur l'infrastructure de Nvidia. Doctolib utilise déjà ses technologies depuis un an.

Pour le contrôle de l'entreprise, rien ne bouge en apparence : Nvidia sera minoritaire, sans siège, et Doctolib affirme qu'aucun investisseur n'a accès aux données. Les droits précis attachés à ses actions ne sont pas publics. Pour l'hébergement, rien ne change non plus : les données restent chez AWS (nous y revenons plus bas).

L'annonce arrive en revanche après une baisse de valorisation. En avril 2026, environ 300 millions d'euros d'actions existantes ont changé de mains, cédées surtout par des investisseurs de la première heure et des salariés. Selon Bloomberg, l'opération valorisait Doctolib à 3,6 milliards d'euros, contre 5,8 milliards lors de la levée de 2022, soit une baisse d'environ 38 %. Doctolib n'a pas confirmé ce chiffre. Côté activité, son revenu récurrent annuel est passé de 348 millions d'euros en 2024 à 422 millions en 2025, et son président la dit rentable depuis l'automne 2025.

Sources : AFP via Bourse Direct, Next, blog Nvidia, Maddyness, Bloomberg, FrenchWeb.

Trois façons de passer sous contrôle étranger

« Américanisation » recouvre des situations très différentes. Toutes ne se valent pas.

L'investisseur étranger minoritaire

C'est le cas le plus fréquent et le moins grave. Un fonds ou un groupe étranger achète une part du capital, sans en prendre la majorité. Doctolib, Mistral AI, Pigment, Alan, Qonto, BlaBlaCar, Back Market et Ubisoft (avec le chinois Tencent) sont dans ce cas, pour autant qu'on puisse le savoir, avec des fonds américains parfois très présents : ICONIQ, IVP ou Meritech chez Pigment, Tiger Global, TCV et KKR chez Qonto, Coatue ou Dragoneer chez Alan.

La nationalité de l'investisseur compte moins que les droits attachés à ses actions : un siège au conseil, un droit de veto, un droit de préemption en cas de vente. Ces clauses figurent dans les pactes d'actionnaires, qui ne sont presque jamais publics.

Le risque est à trois ou cinq ans. Les investisseurs d'aujourd'hui sont les vendeurs de demain, et ils vendront au plus offrant.

Le rachat ou le contrôle de fait : la bascule

Ici, le contrôle change de mains.

  • Gleamer, spécialiste français de l'IA en radiologie, appartient à 100 % à l'américain RadNet depuis le 2 mars 2026, pour environ 230 millions d'euros. Avant la vente, ses investisseurs connus étaient tous européens.
  • Hugging Face, la plateforme de référence des modèles d'IA ouverts, fondée par trois Français, doit être rachetée par Nvidia pour 12,93 milliards de dollars. L'accord a été signé le 2 septembre 2026, et la finalisation est attendue au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires. Roland Lescure, ministre de l'Économie, y a vu un « wake-up call ».
  • Leboncoin, cofondé en 2006 par le norvégien Schibsted, qui le détient seul à partir de 2010 puis via Adevinta, a changé de mains en 2024 : les fonds Permira (basé à Londres) et Blackstone (États-Unis) ont racheté Adevinta.
  • Deezer, coté à Paris, n'a pas été racheté. Mais Access Industries, le groupe du milliardaire américano-britannique Len Blavatnik, détient 36,1 % du capital et 38,7 % des droits de vote. Dans son propre document d'enregistrement universel, Deezer reconnaît qu'Access Industries « pourrait être considérée comme contrôlant la Société », tout en précisant qu'aucun actionnaire ne la contrôle au sens strict du Code de commerce.

L'expatriation juridique : le siège part, les équipes restent

C'est la forme la moins visible. L'entreprise garde ses ingénieurs en France, mais la société qui détient le groupe relève d'un droit étranger.

  • Dataiku, fondée à Paris en 2013, est contrôlée par Dataiku Inc., une société du Delaware créée en 2015 et basée à New York. C'est elle qui préside la société française.
  • Hugging Face fonctionne de la même façon : la société de tête est Hugging Face, Inc. (Delaware), basée à Brooklyn. Sa filiale parisienne comptait entre 50 et 99 salariés en 2024.
  • Criteo, pionnier français du reciblage publicitaire, a quitté le droit français le 29 juillet 2026 pour devenir une société luxembourgeoise. Ce passage par le Luxembourg n'est qu'une étape. Criteo explique que le droit français n'offre pas de voie directe vers une forme américaine. La fusion dans Criteo Holdings, Inc. (Delaware) est signée et prévue au 1er janvier 2027, sous réserve d'un vote des actionnaires.

Dans ces trois cas, l'emploi en France ne dit rien du droit applicable. Pour Dataiku et Hugging Face aujourd'hui, et pour Criteo à partir de 2027, une injonction américaine vise la société de tête, où que travaillent ses salariés.

Le tableau : 14 licornes et pépites tech françaises au crible

Comment lire le tableau. « Non publié » signifie que la composition du capital n'est pas publique : nous ne pouvons ni affirmer ni exclure un contrôle étranger.

EntrepriseDroit de la société de têteQui contrôleÉtrangers notables au capitalHébergement des données
DoctolibFranceNon publié (fondateurs et salariés majoritaires en 2019)Nvidia, General Atlantic, AccelAWS
Mistral AIFranceFondateurs, selon la société ; Europe ≈ 2/3 du capitalSamsung, Nvidia, a16z, LightspeedCalcul propre, Google Cloud, Microsoft, CoreWeave
PigmentFranceNon publiéICONIQ, IVP, Meritech, Nvidia (annoncé)Google Cloud, option française S3NS
AlanFranceNon publié (fondateurs et salariés majoritaires en droits de vote en 2024, selon Sifted)Prosus, Coatue, Ribbit, Dragoneer, TemasekAWS
QontoFranceNon publiéValar, Tiger Global, TCV, TencentAWS
BlaBlaCarFranceNon publié (VNV Global, suédois, 13,5 %)Insight Partners, Lead EdgeGoogle Cloud
Back MarketFranceNon publiéGeneral Atlantic, Goldman SachsGoogle Cloud
UbisoftFranceAucun actionnaire de contrôle ; famille Guillemot premier actionnaire, de concert avec TencentTencentNon précisé
DeezerFranceContrôle de fait possible d'Access IndustriesAccess Industries, WarnerGoogle Cloud (stockage principal), serveurs propres à Paris, AWS
LeboncoinFrance pour la filiale, Pays-Bas pour la têtePermira et BlackstoneBlackstone, General Atlantic, eBayAWS
GleamerDelaware (RadNet), via une holding néerlandaiseRadNet (États-Unis), 100 %RadNetGoogle Cloud
Hugging FaceDelawareRachat par Nvidia en coursNvidia, Salesforce, Google, AmazonAWS, Google Cloud, MongoDB Atlas, OVHcloud
DataikuDelawareNon publiéTiger Global, ICONIQ, CapitalGAWS, Azure ou Google Cloud
CriteoLuxembourg, Delaware prévu au 1er janvier 2027Aucun actionnaire majoritaireNeuberger Berman, Senvest, Morgan StanleyServeurs propres en datacenters loués, clouds publics non nommés

L'angle mort : l'hébergement des données

Le débat public porte sur le capital. Pour les données des utilisateurs, c'est l'hébergeur qui compte.

Douze entreprises sur quatorze confient tout ou partie des données de leurs utilisateurs à AWS ou à Google Cloud. Même Mistral AI, qui fait tourner sa propre capacité de calcul en Europe, cite Google, Microsoft et CoreWeave parmi ses sous-traitants d'infrastructure. Criteo exploite ses propres serveurs (27 793 fin 2025) dans onze datacenters loués à des hébergeurs qu'elle ne nomme pas, en France, aux Pays-Bas, aux États-Unis, à Singapour et au Japon, et certains de ses produits reposent aussi sur de grands clouds publics, eux non plus non nommés. Ubisoft ne nomme pas d'hébergeur dans sa politique de confidentialité.

Or un hébergeur de droit américain reste soumis au droit américain, même quand ses serveurs sont à Paris ou à Francfort. Le CLOUD Act, adopté en 2018, permet aux autorités américaines d'exiger d'une entreprise américaine les données qu'elle détient, où qu'elles soient stockées. Peu importe que le client de cet hébergeur soit français ou non.

Doctolib est l'exemple le plus parlant, parce qu'elle l'écrit elle-même. Sa politique de confidentialité de juillet 2026 indique :

« Doctolib a recours à Amazon Web Services en tant qu'Hébergeur de Données de santé [...] Doctolib a décidé d'y déposer toutes les Données personnelles, sans distinction de leur qualification ou non de Données de santé. »

La politique précise que ces données sont stockées dans l'Espace économique européen, « sans aucun accès depuis l'extérieur de l'EEE dans le cadre du service ». Puis elle ajoute :

« AWS ne détient pas la qualification SecNumCloud 3.2. [...] La société mère d'AWS est établie aux États-Unis. Dans des cas spécifiques, AWS peut donc être tenue de se conformer [...] (USA Patriot Act, FISA Section 702, Cloud Act, EO 12333), auquel cas des données à caractère personnel peuvent être consultées depuis l'extérieur de l'EEE, en particulier depuis les États-Unis. »

Nous avons rarement lu une entreprise l'écrire aussi franchement, et c'est à mettre au crédit de Doctolib. Autre point en sa faveur : la clé de chiffrement est hébergée en France, chez Atos. Ce chiffrement par un tiers de confiance situé en France fait partie des garanties retenues par le Conseil d'État en 2021, avec la nature limitée des données et un avenant au contrat avec AWS, pour refuser de suspendre le partenariat entre l'État et Doctolib pour la vaccination contre le Covid-19. La politique de confidentialité cite aussi S3NS, un cloud opéré en France. Elle nomme en revanche Microsoft, Google et Anthropic parmi les fournisseurs des modèles de son assistant santé, et d'autres sous-traitants américains comme Salesforce ou Datadog.

Doctolib n'est pas un cas isolé. Alan héberge ses données chez AWS à Francfort et à Paris, Qonto chez AWS en France et en Allemagne, Leboncoin chez Amazon Web Services Inc., la société américaine basée à Seattle, avec des données localisées en Europe. Le site de BlaBlaCar est hébergé sur Google Cloud aux Pays-Bas.

Des alternatives existent pourtant. Pigment propose à ses clients S3NS, un cloud qualifié SecNumCloud. Criteo exploite près de 28 000 serveurs qui lui appartiennent. Mistral AI déploie sa propre capacité de calcul, dans des sites construits par des partenaires européens.

L'entrée de Nvidia au capital de Doctolib ne change rien à l'exposition des données des patients. Un changement d'hébergeur, si.

Sources : politique de confidentialité Doctolib, juillet 2026, ordonnance du Conseil d'État n° 450163 du 12 mars 2021, page sécurité d'Alan, politique de confidentialité Qonto, CGU Leboncoin, CGU BlaBlaCar, page sécurité Pigment, communiqué Google Cloud sur Back Market, rapport annuel 2025 de Criteo à la SEC, étude de cas Google Cloud sur Gleamer, document d'enregistrement universel 2025 de Deezer.

Les fiches, entreprise par entreprise

Doctolib : française, hébergée chez AWS

Doctolib SAS (SIREN 794 598 813), à Levallois-Perret, est la société de tête du groupe. Aucune maison-mère étrangère n'est connue. Le capital n'est pas publié. En 2019, le bloc réunissant les fondateurs, leurs proches et les salariés était majoritaire, et aucune information plus récente n'a été rendue publique. Les actionnaires de Doctolib connus publiquement, à un moment de son histoire, sont Bpifrance, Eurazeo, Kerala Ventures, Kernel (France), General Atlantic et Accel (États-Unis), Generation Investment Management (Royaume-Uni), A.P. Møller Holding (Danemark) et Athos (Allemagne), ces trois derniers entrés lors de la cession d'avril 2026, au cours de laquelle des investisseurs de la première heure ont vendu. Et, annoncé en octobre, Nvidia. Doctolib n'est pas cotée en Bourse : une introduction n'est « pas à l'ordre du jour », a indiqué la société en avril.

Sources : registre national des entreprises, FrenchWeb, TICsanté, Décideurs (2019), Le Figaro.

Mistral AI : française, contrôlée par ses fondateurs

Mistral AI SAS (SIREN 952 418 325), à Paris, contracte avec ses clients européens sous droit français (droit californien pour les Amériques, singapourien pour l'Asie-Pacifique). En septembre 2026, elle a levé 3 milliards d'euros pour une valorisation de plus de 21 milliards. Le tour était mené par le sud-coréen Samsung Electronics, avec, comme co-chefs de file, le fonds européen Scaleup Europe (géré par EQT) et l'américain PSG Equity. Nvidia, a16z, Lightspeed, General Catalyst, ASML, Bpifrance et une quinzaine d'autres investisseurs y ont participé. Son directeur financier, Johan Bergqvist, affirme que les fondateurs « contrôlent toujours l'entreprise ». Selon franceinfo, l'Europe détient environ deux tiers du capital et trois quarts des votes au conseil d'administration.

Sources : communiqué Mistral AI, AFP via DH, franceinfo.

Hugging Face : américaine de droit, bientôt filiale de Nvidia

Hugging Face, Inc. est une société du Delaware, basée à Brooklyn, dont les conditions d'utilisation relèvent du droit de l'État de New York. Ses trois fondateurs, Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf, sont français, et une grande partie de l'équipe aussi. Hugging Face SAS, à Paris, est son établissement principal dans l'Union européenne au sens du RGPD. Nvidia a signé le 2 septembre 2026 un accord pour la racheter : environ 11,9 milliards de dollars pour les actionnaires et jusqu'à 1 milliard en actions pour retenir les salariés. Ses investisseurs sont surtout américains, de Lux Capital aux participants de sa levée de 2023 : Salesforce Ventures, Google, Amazon, Nvidia, Intel, AMD.

Sources : CGU Hugging Face, déclaration 8-K de Nvidia, blog Nvidia, AFP via TechXplore, TechCrunch (2023).

Pigment : française, financée par des fonds américains

Pigment SAS (SIREN 852 785 914), à Paris, contracte avec ses clients européens. Pigment Inc., sa filiale de New York, contracte avec ceux d'Amérique du Nord, mais rien n'indique qu'elle soit la tête de groupe. Ses investisseurs sont surtout américains (ICONIQ Growth, Greenoaks, IVP, Meritech, FirstMark), avec les londoniens Blossom et Felix. Sa dernière levée, 145 millions de dollars en avril 2024, l'a fait passer au-delà du milliard de dollars de valorisation, selon Fortune. Le magazine précise que la plupart de ses dirigeants travaillent aux États-Unis et l'ingénierie reste en France. Ses clients choisissent entre Google Cloud à Francfort ou dans l'Oregon, ou S3NS.

Sources : politique de confidentialité Pigment, annonce de la série D, conditions générales, Fortune.

Alan : française, capital très international

Alan SA (SIREN 818 353 070), à Paris, est la tête du groupe, et Alan Insurance SA est l'assureur agréé. En 2026, Alan a levé 100 millions d'euros en mars, puis 480 millions en juin lors d'un tour mené par le néerlandais Prosus, pour une valorisation de 5,5 milliards. Ses investisseurs viennent d'Europe (Index Ventures, Belfius, Exor, Prosus), des États-Unis (Coatue, Ribbit, Dragoneer, Greenoaks), de Singapour (Temasek) et du Canada (Ontario Teachers'). La répartition du capital n'est pas publiée, mais selon Sifted, les fondateurs et les salariés gardaient en 2024 la majorité des droits de vote.

Sources : registre national des entreprises, Maddyness, Sifted (2024).

Qonto : française, en attente de sa licence bancaire

Qonto SA (SIREN 819 489 626), à Paris, est un établissement de paiement agréé par l'ACPR. Sa demande d'agrément bancaire, déposée en 2025, est toujours en cours. Ses investisseurs : Valar Ventures (États-Unis), qui siège à son conseil, Alven et Eurazeo (France), Tencent (Chine), Tiger Global, TCV, KKR et Insight Partners (États-Unis). Sa dernière grande levée, 486 millions d'euros en janvier 2022, la valorisait à 4,4 milliards d'euros. Une campagne de financement participatif auprès de ses clients a suivi en avril 2022, à la même valorisation. Le capital n'est pas publié.

Sources : registre national des entreprises, Next, Journal du Net.

BlaBlaCar : française, premier actionnaire connu suédois

BlaBlaCar est la marque de Comuto SA (SIREN 491 904 546), à Paris, dont le conseil d'administration est présidé par son fondateur Frédéric Mazzella ; Nicolas Brusson en est le directeur général. Elle n'est pas cotée en Bourse. Le seul pourcentage public est celui du fonds suédois VNV Global : 13,5 % du capital au 30 juin 2026. Parmi les autres investisseurs figurent Index Ventures, Insight Partners et Lead Edge Capital. La SNCF est entrée au capital en 2018 lors de la reprise de Ouibus, mais nous n'avons pas pu vérifier qu'elle y est toujours. La dernière levée de fonds propres date d'avril 2021.

Sources : CGU BlaBlaCar, rapport semestriel de VNV Global, newsroom BlaBlaCar, tech.eu (2018).

Back Market : française, rentable pour la première fois en 2025

Back Market est la marque de Jung SAS (SIREN 804 049 476), à Paris, présidée par la holding de son cofondateur Thibaud Hug de Larauze. Ses investisseurs sont français (Eurazeo, Aglaé Ventures du groupe Arnault, daphni), américains (General Atlantic, Goldman Sachs) et britanniques (Sprints Capital, Generation). Sa dernière levée, en janvier 2022, la valorisait à 5,7 milliards de dollars. Le capital n'est pas publié.

Sources : registre national des entreprises, communiqué Back Market, Maddyness.

Ubisoft : la famille aux commandes, Tencent à tous les étages

Ubisoft Entertainment SA (SIREN 335 186 094), dont le siège est à Carentoir dans le Morbihan, est cotée à Paris. La famille Guillemot détenait 13,91 % du capital et 20,26 % des droits de vote au 27 mai 2026. Le chinois Tencent possède 9,44 % en direct. Il détient aussi 49,9 % des droits économiques (mais 5 % des votes) de la holding familiale Guillemot Brothers, et 26,32 % de Vantage Studios, la filiale qui porte Assassin's Creed, Far Cry et Rainbow Six, pour laquelle il a payé 1,16 milliard d'euros en 2025. La famille reste le premier actionnaire et dirige le groupe, sans en détenir le contrôle juridique, qu'elle déclare ne pas vouloir prendre. Le pacte de 2022 plafonne le concert avec Tencent à 29,9 % ; il détenait 28,79 % des votes au 27 mai 2026.

Sources : déclaration AMF de juin 2026, communiqué Ubisoft de 2022, communiqué de clôture Vantage Studios.

Deezer : cotée à Paris, Access Industries en position de contrôle de fait

Deezer SA (SIREN 898 969 852) est cotée sur Euronext Paris. Au 31 décembre 2025, Access Industries, le groupe de Len Blavatnik, détenait 36,1 % du capital et 38,7 % des droits de vote. Avec Warner Music, qu'il contrôle aussi, le bloc atteint 42 % des votes. Aucun autre actionnaire n'en approche : Deezer reconnaît elle-même qu'Access Industries pourrait être considérée comme la contrôlant en assemblée, tout en précisant qu'aucun actionnaire ne la contrôle au sens strict du Code de commerce. Viennent ensuite Orange (7,7 %), deux véhicules liés à l'Arabie saoudite (5,1 % chacun) et Artémis, la holding de la famille Pinault (4,3 %).

Source : document d'enregistrement universel 2025 de Deezer, § 7.3.

Leboncoin : contrôlé par Permira et Blackstone

LBC France SAS (SIREN 521 724 336), éditrice de Leboncoin, appartient à Adevinta, groupe d'origine norvégienne, dont la société de tête est aujourd'hui néerlandaise. Depuis 2024, Adevinta est contrôlée conjointement par les fonds Permira (basé à Londres) et Blackstone (États-Unis), aux côtés de General Atlantic et TCV. Adevinta est issue du norvégien Schibsted, qui avait cofondé Leboncoin en 2006. Le norvégien Vend, ex-Schibsted, en détient 14 % et l'américain eBay environ 8 %.

Sources : notification à la Commission européenne, affaire M.11385, rapport trimestriel d'eBay à la SEC, Vend.

Gleamer : rachetée par l'américain RadNet

Gleamer SAS (SIREN 834 105 470), à Saint-Mandé, développe des logiciels d'IA pour la radiologie. Depuis le 2 mars 2026, elle appartient à 100 % à RadNet, l'un des principaux réseaux américains de centres d'imagerie médicale, via une holding néerlandaise. Le prix : environ 230 millions d'euros, dont 15 millions conditionnés à ses résultats. Avant la vente, ses investisseurs institutionnels connus étaient tous européens : Supernova Invest, XAnge, Elaia, Bpifrance, MACSF, Heal Capital, Crista Galli Ventures et UI Investissement, aux côtés des fondateurs et de business angels.

Sources : rapport trimestriel de RadNet à la SEC, déclaration 8-K de RadNet, CFNews.

Dataiku : fondée à Paris, détenue depuis New York

Dataiku Inc. est une société du Delaware créée en 2015 et basée à New York. Elle préside Dataiku SAS, à Paris, qui emploie entre 250 et 499 personnes. Par défaut, les clients de son offre cloud contractent avec la société française ; le droit français s'applique en France et en Europe continentale, hors Allemagne, Pays-Bas et Suisse. Ses investisseurs connus sont surtout américains (Tiger Global, ICONIQ, CapitalG, Wellington). Une introduction en Bourse aux États-Unis est préparée depuis 2025, sans dépôt public à ce jour.

Sources : EDGAR, registre national des entreprises, conditions Dataiku Cloud, avenant sur le traitement des données.

Criteo : luxembourgeoise depuis juillet, américaine en 2027

Criteo est devenue le 29 juillet 2026 une société anonyme de droit luxembourgeois. Elle est cotée au Nasdaq. Ses actionnaires ont approuvé ce départ à une très large majorité en février. L'étape suivante, la fusion dans Criteo Holdings, Inc. (Delaware), est prévue au 1er janvier 2027, sous réserve d'un nouveau vote. Ses principaux actionnaires sont des gestionnaires d'actifs : Neuberger Berman (16,2 %), DNB (11,2 %), Senvest (9,4 %), Morgan Stanley (9,1 %). L'essentiel des équipes françaises est salarié de Criteo Technology SAS, à Paris.

Sources : communiqué Criteo de juillet 2026, déclaration 8-K du 5 août 2026, questions-réponses de Criteo sur la redomiciliation, formulaire S-4.

Ce que cela change pour une entreprise qui choisit ses fournisseurs

Les mêmes trois questions s'appliquent à n'importe quel fournisseur de logiciel, d'IA ou de cloud. Elles se vérifient en une dizaine de minutes, sur des documents publics.

  1. Quelle société signe le contrat, et qui la détient ? Les mentions légales donnent l'entité contractante. Le registre national (annuaire-entreprises.data.gouv.fr) indique qui la préside. Pour une SAS, une présidente qui est une société étrangère (Dataiku Inc. chez Dataiku, une holding néerlandaise de RadNet chez Gleamer) est un signal fort. Mais une présidente française peut elle-même appartenir à un groupe étranger : LBC France, l'éditrice de Leboncoin, est présidée par Adevinta France.
  2. Qui héberge les données, nommément ? La politique de confidentialité ou la liste des sous-traitants doit le dire. Doctolib, Alan et Qonto le font. Un fournisseur qui refuse de nommer son hébergeur a déjà répondu.
  3. Que se passe-t-il en cas de rachat ? Un contrat solide prévoit une clause de changement de contrôle : le droit de résilier, de récupérer ses données ou d'en exiger la suppression si le fournisseur passe sous contrôle étranger.

Nous avons appliqué une grille voisine (capital, hébergement, inférence) à quatorze éditeurs français d'IA d'entreprise dans une enquête dédiée. Le résultat est proche de celui de cet article : treize contractent via une société de droit français, mais seulement quatre hébergent les données chez un prestataire européen par défaut.

Chez Ask This Guy, nous avons fait ce choix dès le départ : capital 100 % français, données sur des serveurs OVHcloud à Gravelines et des modèles qui peuvent tourner exclusivement en Europe. Le détail est sur notre page IA souveraine.

Questions fréquentes sur l'actionnariat des pépites tech françaises

À qui appartient Doctolib ?

Doctolib appartient à ses fondateurs, à ses salariés et à des investisseurs, sans actionnaire majoritaire publiquement identifié. C'est une société de droit français (Doctolib SAS, SIREN 794 598 813), sans maison-mère étrangère connue. En 2019, les fondateurs, leurs proches et les salariés formaient un bloc majoritaire. Les investisseurs connus sont Bpifrance, Eurazeo, Kerala Ventures, Kernel, General Atlantic, Accel, Generation, A.P. Møller Holding, Athos et Nvidia, dont l'entrée a été annoncée en octobre 2026.

Qui est l'actionnaire majoritaire de Doctolib ?

Aucun actionnaire majoritaire n'est connu publiquement. La dernière information publiée, en 2019, indiquait que le bloc formé par les fondateurs, leurs proches et les salariés restait majoritaire. Depuis, environ 300 millions d'euros d'actions ont été cédés en avril 2026, et Doctolib n'a pas publié de nouvelle répartition.

Nvidia peut-il accéder aux données de santé de Doctolib ?

Rien ne l'indique. Nvidia doit entrer en actionnaire minoritaire, sans siège dans les instances de gouvernance de Doctolib, et Doctolib affirme qu'aucun investisseur n'a accès aux données. En revanche, Doctolib héberge toutes ses données personnelles chez Amazon Web Services. Sa politique de confidentialité précise qu'AWS, dont la maison-mère est américaine, peut être tenue de répondre au CLOUD Act ou au FISA. La clé de chiffrement est, elle, hébergée en France chez Atos.

Doctolib est-il coté en Bourse ?

Non. Doctolib est une société non cotée. Ses actions s'échangent uniquement lors d'opérations privées, comme la cession d'environ 300 millions d'euros d'actions en avril 2026. En avril, la société a indiqué qu'une introduction en Bourse n'était « pas à l'ordre du jour ».

Qui sont les actionnaires de Mistral AI ?

Les fondateurs de Mistral AI, Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, contrôlent toujours l'entreprise, selon son directeur financier. Après la levée de 3 milliards d'euros de septembre 2026, menée par Samsung, l'Europe détient environ deux tiers du capital. Parmi les actionnaires figurent ASML, Bpifrance, Eurazeo, BNP Paribas, le fonds Scaleup Europe, Samsung, Nvidia, a16z, Lightspeed et General Catalyst.

Hugging Face est-elle une entreprise française ?

Pas juridiquement. Hugging Face, Inc. est une société du Delaware basée à New York, fondée par trois Français. Elle a une filiale à Paris, qui est son établissement principal dans l'Union européenne. Nvidia a signé en septembre 2026 un accord pour la racheter pour 12,93 milliards de dollars, avec une finalisation attendue au premier semestre 2027.

À qui appartient BlaBlaCar ?

BlaBlaCar est la marque de Comuto SA, une société française dont le conseil d'administration est présidé par son fondateur Frédéric Mazzella. Elle n'est pas cotée et son capital n'est pas publié. Le seul actionnaire dont la part est connue est le fonds suédois VNV Global, avec 13,5 % au 30 juin 2026.

Qui est l'actionnaire principal de Deezer ?

Access Industries, le groupe de Len Blavatnik, avec 36,1 % du capital et 38,7 % des droits de vote fin 2025. Avec Warner Music, qu'il contrôle, le bloc atteint 42 % des votes. Deezer reconnaît dans son document d'enregistrement universel qu'Access Industries pourrait être considérée comme la contrôlant de fait, tout en précisant qu'aucun actionnaire ne la contrôle au sens strict du Code de commerce.

Comment savoir si une entreprise française appartient à des étrangers ?

Consultez sa fiche sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr. S'il s'agit d'une SAS présidée par une société étrangère, le contrôle est très probablement à l'étranger. Si la présidente est une société française, remontez la chaîne : elle peut elle-même appartenir à un groupe étranger. Pour une SA, le président est une personne physique et ne renseigne pas sur les actionnaires. Pour une société cotée, le document d'enregistrement universel donne la répartition du capital et des droits de vote. Pour une société non cotée, la composition du capital n'est généralement pas publique : seuls les tours de table annoncés par la presse donnent des indices, sans les pourcentages.


En résumé

L'entrée de Nvidia au capital de Doctolib ne fait pas de Doctolib une entreprise américaine. Sur quatorze pépites tech françaises, trois ont été rachetées ou sont en cours de rachat (Gleamer, Hugging Face, Leboncoin). Trois ont installé ou vont installer leur société de tête hors de France (Dataiku, Hugging Face, Criteo), Hugging Face cumulant les deux situations. Deezer reconnaît qu'un actionnaire étranger pourrait la contrôler de fait. Pour six autres, la composition du capital n'est pas publique.

Le vecteur de dépendance le plus répandu, c'est l'hébergement. Douze entreprises sur quatorze confient tout ou partie de leurs données à AWS ou à Google Cloud, et cette décision ne se prend pas au conseil d'administration : elle se prend dans l'équipe technique, et elle se corrige.

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Journal des mises à jour

  • 15 octobre 2026 : publication.
Tags:SouverainetéNvidiaStartupsCloud ActRGPD
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